Publié le jeudi, 5 novembre 2009
Auteur(s): Pierre Guyennon, collaboration spéciale

La brûlure phomopsienne, une maladie souvent sous-estimée

La brûlure phomopsienne, une maladie souvent sous-estimée
Tige et gousse infestées par la brûlure phomopsienne. Source: Infonet-Biovision.
Parmi les maladies qui ont surpris les spécialistes cette année dans le soya, il y a eu la brûlure phomopsienne qui a été particulièrement présente dans les champs de soya de l'Est ontarien. Le no-till et l'utilisation de ses propres semences pourraient avoir aggravé le problème.

Nous nous attendions à voir, cette année, les maladies les plus communes dans le soya tel que le sclérotinia, le phytophthora, le chancre sur tige, ou encore le syndrome de la mort subite, maladies qui ont été néanmoins présentes dans les champs, mais à des concentrations différentes suivant l'historique de la parcelle.

Et, nous les avons toutes vues, mais une maladie un peu oubliée depuis quelques années, à savoir la brûlure phomopsienne (dite "pod and stem blight" en anglais) a été très prévalente.

Dans l'article suivant, nous allons élaborer les incidences, l'aspect, le cycle biologique et les stratégies de lutte, afin de mieux connaître cette maladie de fin de saison.

L'incidence de la maladie
Le stade avancé de la brûlure phomopsienne, qui se manifeste par la pourriture des graines, est depuis longtemps la maladie du soya la plus répandue dans la province de l'Ontario.

Elle pose plus de problèmes lorsque les conditions de météo automnales sont chaudes et pluvieuses à la récolte.

Et plus nous attendons avant la récolte, plus la maladie augmente et s'accroît toujours sous de telles conditions.

L'aspect visuel
En Ontario, la brûlure phomopsienne comporte deux étapes. La première se manifeste sur les tiges et les gousses, la seconde, sur les graines. La deuxième étape se caractérise par de petites fentes près du hile des graines infectées. Une moisissure blanche ou grise peut apparaître à la surface de la graine. Le rendement, le grade, la viabilité et la vigueur de la semence s'en trouvent parfois réduits.

En fait, comme les graines gravement atteintes demeurent petites et légères et risquent d'être perdues lors de la récolte et des opérations de nettoyage, la maladie va entraîner à coup sûr des pertes de rendement.

La première phase de la maladie touche les tiges et les gousses. Bien que les plants soient infectés en début de saison, les symptômes n'apparaissent qu'après la production de la première gousse. Sur les tiges, on aperçoit de petits points ronds ou allongés noirs surélevés (que l'on appelle "pycnides" ou "corpuscules"). Ces corpuscules sont alignés ou regroupés en îlots. Nous en trouvons aussi sur les gousses, mais ils ne sont pas disposés de façon particulière.

Le cycle biologique
Il faut savoir que ce champignon hiverne dans les graines et les résidus de culture. En début de saison, les spores sont éclaboussées sur les plantules.
Si durant la saison estivale, nous avons le malheur d'avoir du temps chaud, pluvieux et donc humide durant la période de remplissage des gousses, l'évolution de la maladie va s'accélérer jusqu'à l'automne.

Les stratégies de lutte
La première stratégie de lutte concerne la génétique. Pour cela, il faut absolument choisir des cultivars de pleine saison, qui parviendront bien évidemment à maturité sous les conditions fraîches de la fin de la saison de croissance. 

Les cultivars à cycle court choisis pour une région donnée, ont alors tendance à parvenir à maturité plus tôt lorsque les conditions sont plus douces et plus propices à la prolifération du pathogène.

Pour les autres stratégies de lutte, nous pouvons éliminer ou réduire l'incidence de la brûlure phomopsienne en adoptant une ou plusieurs des mesures suivantes: D'abord, l'utilisation de semences saines, ce qui veut dire que l'utilisation de soya produit sur la ferme l'année d'avant (soya dit "bin run") constitue un danger réel de prolifération de maladie sur les champs concernés.

Puis, il y a les semis plus tardifs, la rotation des cultures, l'enfouissement des résidus de soya et récolte au moment le plus opportun possible, ce qui semble dire que le "no-till" n'a encore pas sa place dans nos pratiques culturales modernes. Il est aussi recommandé de récolter en premier le soya qui est destiné aux marchés d'exportation et des semences.

Aussi, le traitement des semences tel que le « Cruiser-Maxx » entraîne habituellement une hausse de la germination et de la levée. Même s'il faut souligner, que souvent, les graines déformées laissant voir une contamination par le champignon ne parviennent pas à germer, même si elles sont traitées.

Les pertes de rendement ne sont bien évidemment pas chiffrables, mais c'est une composante de plus qui ne favorise pas le rendement dans nos champs lorsque ceux-ci sont infestés.

En conclusion, nous pouvons encore une fois nous rendre compte que les nouvelles pratiques culturales sans travail du sol dites "no-till", que l'emploi de soya produit sur la ferme l'année d'avant, comme semence l'année suivante, appelé "bin run", n'ont pas vraiment leur place, si nous regardons les problèmes de mille-pattes au printemps, les problèmes de réchauffement du lit de semences que nous avons vécu, toujours au printemps frais de cette année, de l'infestation de limaces dans le soya pendant la période estivale…

Tout cela pour dire que rien ne vaut, un bon labour d'automne et des semences certifiées, pour mettre toutes nos chances de réussite de notre coté.


Éditeur: Les Publications agricoles franco-ontariennes Inc.

 

[ Retournez à la page précédente ]
Secteurs Agricoles
  • Agro-Foresterie
  • Économie agricole
  • Général
  • Génie rural
  • Grandes cultures
  • Horticulture
  • Productions animales
  • Ravageurs
  • Santé et alimentation
  • Sols
  • Vie rurale
  •  

    Archives
    Archives récentes:
    Général :
    Publié le 2 juillet, 2008
    Campagne nationale: «Ne déplacez pas de bois de chauffage»Campagne nationale: «Ne déplacez pas de ...
    Publié le 5 mars, 2008
    Resserrement des dates pour l’importation de glyphosate générique ClearOut 41 PlusResserrement des dates pour l’importatio...
    Rongeurs et animaux nuisibles :
    Publié le 10 juillet, 2002
    Un méchoui à La Saisonnière c'est délicieusement cochon!Un méchoui à La Saisonnière c'est délici...
    Publié le 4 juillet, 2001
    Acomptes à la livraison 2001-2002: De meilleurs prix pour le blé ontarienAcomptes à la livraison 2001-2002: De me...
    Mauvaises herbes :
    Publié le 10 juillet, 2002
    Un méchoui à La Saisonnière c'est délicieusement cochon!Un méchoui à La Saisonnière c'est délici...
    Publié le 4 juillet, 2001
    Acomptes à la livraison 2001-2002: De meilleurs prix pour le blé ontarienAcomptes à la livraison 2001-2002: De me...
    Insectes utiles et nuisibles :
    Publié le 10 juillet, 2002
    Un méchoui à La Saisonnière c'est délicieusement cochon!Un méchoui à La Saisonnière c'est délici...
    Publié le 4 juillet, 2001
    Acomptes à la livraison 2001-2002: De meilleurs prix pour le blé ontarienAcomptes à la livraison 2001-2002: De me...
    Maladies des plantes :
    Publié le 10 juillet, 2002
    Un méchoui à La Saisonnière c'est délicieusement cochon!Un méchoui à La Saisonnière c'est délici...
    Publié le 4 juillet, 2001
    Acomptes à la livraison 2001-2002: De meilleurs prix pour le blé ontarienAcomptes à la livraison 2001-2002: De me...
    Parasites Maladies des animaux :
    Publié le 10 juillet, 2002
    Un méchoui à La Saisonnière c'est délicieusement cochon!Un méchoui à La Saisonnière c'est délici...
    Publié le 4 juillet, 2001
    Acomptes à la livraison 2001-2002: De meilleurs prix pour le blé ontarienAcomptes à la livraison 2001-2002: De me...